Avant le 10 septembre 2025 : une jurisprudence défavorable au salarié

 

Jusqu’à ce revirement, la règle était claire : un salarié malade pendant ses congés payés ne pouvait pas récupérer ses jours perdus. La Cour de cassation estimait que l’employeur, en accordant les congés payés, avait rempli son obligation, peu importe que la maladie empêche le salarié d’en profiter. Concrètement, lorsqu’un salarié se trouvait déjà en congé payé puis tombait malade, c’était la suspension du contrat au titre des congés payés qui primait sur celle liée à l’arrêt maladie. 

Dans ce schéma, le salarié touchait bien son indemnité de congé payé, parfois cumulée avec les indemnités journalières de sécurité sociale, mais sans possibilité de reporter ses congés. 

Une position contraire au droit européen

Cette solution française s’éloignait du droit européen. La Cour de justice de l’Union européenne a rappelé à plusieurs reprises que le congé payé a une finalité propre : le repos et la détente du salarié, tandis que l’arrêt maladie vise le rétablissement. Ces deux temps ne sont donc pas interchangeables (CJCE 20 janv. 2009, aff. C-350/06 ; CJUE 21 juin 2012, aff. C-78/11) ! 

Pour l’Union, priver un salarié malade pendant ses congés de tout report revient à le priver d’un droit fondamental. Cette divergence a conduit la Commission européenne à mettre en demeure la France, en juin 2025, d’adapter sa législation.

Le revirement du 10 septembre 2025

Saisie de l’affaire, la Cour de cassation change de cap (Cass. soc., 10 sept. 2025, n°23-22.732). Elle juge désormais que l’article L. 3141-3 du Code du travail, interprété à la lumière de la directive européenne 2003/88 du 4 novembre 2003, permet au salarié de reporter ses congés payés en cas de maladie survenant pendant ceux-ci.

D'autres questions à ce sujet ?

Contactez nos juristes pour plus de précisions !

En savoir plus

Les conséquences pratiques pour les salariés

Un salarié malade pendant ses congés n’est plus lésé. Ses jours ne sont pas perdus et il pourra les reprendre plus tard. Mais ce droit n’est pas automatique : il suppose de respecter certaines formalités, notamment fournir un certificat médical et transmettre l’arrêt à l’employeur dans les délais.

L’employeur doit, à son tour :

  • calculer le nombre de jours de congé payé reportés ;

  • informer le salarié, dans le mois suivant sa reprise, du solde disponible et de la date limite à laquelle ces congés peuvent être pris (art. L. 3141-19-3 du Code du travail).

Deux situations se présentent ensuite :

  • Période de congés en cours : les jours reportés sont posés selon les règles habituelles, l’employeur fixant l’ordre des départs et ne pouvant, sauf circonstances exceptionnelles, modifier les dates moins d’un mois avant le départ prévu (art. L. 3141-16).

  • Période expirée ou reliquat non soldé : le salarié dispose d’un délai supplémentaire de 15 mois pour poser ses jours, ce délai commençant à compter de la notification par l’employeur (art. L. 3141-19-1).

Cette règle s’applique également aux maladies survenues à l’étranger, dès lors que l’arrêt de travail est reconnu et notifié à l’employeur.

Exemple concret : Imaginons Sophie, chargée de clientèle dans une société d’assurances, qui planifie ses vacances du 1er au 14 août. Le 3 août, elle attrape une grippe sévère et son médecin lui prescrit un arrêt maladie jusqu’au 10 août. Avant 2025, tous ses congés seraient considérés comme pris, et Sophie aurait perdu une semaine de vacances à cause de la maladie. Avec la nouvelle jurisprudence, elle peut désormais reporter les jours de congé correspondant à sa période d’arrêt (du 3 au 10 août) et les poser plus tard, sans perdre ses droits au repos.

Les obligations pour les employeurs

Cette évolution impose aux employeurs une adaptation immédiate de la gestion des congés :

  • Accepter la suspension des congés en cas de maladie notifiée, avec report des jours concernés.

  • Régulariser la paie, notamment si une indemnité de congé payé a été versée à tort.

La Cour rappelle également que l’employeur peut réclamer le remboursement des congés indûment payés, dans la limite du délai de prescription de trois ans.

En conclusion, congés payés gâchées par la maladie ? La Cour de cassation dit stop !

La Cour de cassation a enfin acté ce que le droit européen exigeait depuis des années : un salarié qui tombe malade pendant ses congés payés ne doit pas perdre son droit au repos. Désormais, les congés payés et l’arrêt maladie ne se confondent plus.

Pour les salariés, c’est la promesse de congés payés préservés, même en cas de maladie. Pour les employeurs, c’est un vrai défi de gestion à anticiper. Mais au final, cette décision réaffirme que le repos du salarié n’est pas négociable et que le droit social français s’aligne enfin sur le droit européen.

Recevez toute l'actualité juridique !

Partager

Nos actualités

28 oct. 2026

Le droit d’alerte du CSE en cas d’atteinte aux droits des personnes : conditions, procédure et bonnes pratiques

Harcèlement, discrimination, surveillance excessive : en tant qu'élu du CSE, vous disposez d'un levier trop souvent sous-utilisé face à ces situations, le droit d'alerte de l'article L. 2312-59 du Code du travail. Vous pouvez le déclencher seul, sans délibération préalable du comité, dès qu'une atteinte aux droits des personnes, à la santé mentale ou aux libertés individuelles est constatée. On vous explique les conditions, la procédure et les bonnes pratiques pour l'exercer efficacement.

21 oct. 2026

Don de jours de repos : qui peut en bénéficier et quelles sont les règles à connaître ?

Le don de jours de repos permet à un salarié de céder volontairement une partie de ses jours de repos à un collègue confronté à une situation personnelle difficile ou, dans certains cas, à un organisme d'intérêt général. Depuis sa création en 2014, le dispositif a été progressivement élargi à de nouveaux bénéficiaires. Conditions de mise en œuvre, jours pouvant être donnés, rôle de l'employeur et droits du salarié bénéficiaire : voici les principales règles à connaître.

19 oct. 2026

Formation SSCT et CSSCT : quelles différences ?

SSCT et CSSCT sont deux abréviations que les élus du CSE rencontrent régulièrement. Mais bien que proches, ils ne désignent pas la même chose. Cette similarité peut d’ailleurs amener à se demander s’il faut suivre une formation SSCT ou CSSCT.

 

Dans les faits, ces deux formations ne se remplacent pas l’une l’autre. La formation en santé, sécurité et conditions de travail (SSCT) est la formation obligatoire prévue pour les membres du CSE. Alors que la formation CSSCT vient, elle, la compléter lorsque les élus exercent en plus une mission au sein d’une commission de santé, sécurité et conditions de travail.

 

14 oct. 2026

Congés supplémentaires de fractionnement

1 ou 2 jours ouvrables supplémentaires selon les cas, renonciation individuelle et expresse obligatoire, clause de renonciation anticipée dans le contrat de travail invalide, note de service insuffisante... Les règles encadrant les congés de fractionnement sont bien plus strictes que beaucoup d'employeurs ne le pensent. En tant qu'élu CSE, vérifier que les renonciations recueillies dans votre entreprise sont réellement valables — et alerter quand elles ne le sont pas — fait pleinement partie de votre mission de protection des droits des salariés.

Formations CSE
12 oct. 2026

Renouvellement de mandat : pourquoi refaire la formation SSCT ?

Vous êtes réélu au CSE et connaissez donc déjà le fonctionnement du comité. Alors faut-il suivre à nouveau la formation santé, sécurité et conditions de travail (SSCT) ?

La réponse est oui. En effet, le renouvellement du mandat s'accompagne d'une nouvelle formation SSCT obligatoire, même lorsque l'élu possède plusieurs années d'expérience. Heureusement, cette obligation ne sert pas à simplement répéter les connaissances acquises lors du premier mandat. Elle va permettre de consolider ses compétences, d'actualiser ses pratiques et d'approfondir certains sujets essentiels.

Durée, contenu, financement : nous vous donnons toutes les informations sur la formation SSCT lors d'un renouvellement de mandat.

NOS FORMATIONS VOUS INTÉRESSENT ?

Nous sommes là pour vous aider à développer vos compétences et à atteindre vos objectifs professionnels. N'hésitez pas à nous contacter pour en savoir plus sur nos programmes de formation et découvrir comment nous pouvons vous accompagner.

Contactez-nous !

NOS FORMATIONS À LA UNE

Formation économique CSE

Formation économique CSE

CSE
Inter
Intra

Le stage de 5 jours des élus titulaires du CSE

  • 35 heures
  • A distance / Présentiel
  • Satisfaction 9.47
Formation Secrétaire CSE

Formation Secrétaire CSE

CSE
Inter
Intra

Découvrir le rôle du secrétaire

  • 7 heures
  • A distance / Présentiel
  • Satisfaction 9.70
Formation Trésorier CSE

Formation Trésorier CSE

CSE
Inter
Intra

Bien mener son rôle de Trésorier du CSE

  • 7 heures
  • A distance / Présentiel
  • Satisfaction 9.50
Formation SSCT - 50 salariés - 1er mandat

Formation SSCT - 50 salariés - 1er mandat

SSCT
Inter
Intra

Formation obligatoire SSCT pour les moins de 50 salariés

  • 35 heures
  • A distance / Présentiel
  • Satisfaction 9.70

EN APPRENDRE PLUSsur l'ensemble de nos formations

Comment se déroule une formation CSE avec CELIADE ?
A qui s'adressent nos formations économique ?
Qui finance la formation SSCT ?
Combien de temps dure la formation SSCT ?

Rechercher

Formation économique CSEFormation Secrétaire CSEFormation Trésorier CSEFormation SSCT + 50 salariés - 1er mandatFormation SSCT - 50 salariés - 1er mandatL'élaboration du règlement intérieur du CSE