Introduction – On a tous déjà entendu parler du droit de retrait, mais comment ça marche vraiment ?

Le droit de retrait est un mécanisme fondamental de protection des salariés. Il permet à tout travailleur de refuser d’exécuter son travail ou de quitter son poste lorsqu’il estime que sa situation de travail présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé (C. trav., art. L. 4131-1 et s.).
Ce droit repose sur un équilibre subtil entre protection individuelle et responsabilité collective.
D’une part, le salarié est protégé lorsqu’il exerce ce droit de manière légitime ; et d’autre part, il a un devoir de vigilance envers sa propre sécurité et celle des autres (C. trav., art. L. 4122-1).
L’alerte préalable : un devoir du salarié
Tout salarié est tenu d’alerter son employeur lorsqu’il estime qu’une situation de travail présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé, ou lorsqu’il constate une défectuosité dans les systèmes de protection (C. trav., art. L. 4131-1). Cette alerte peut se faire verbalement, par courriel ou tout autre moyen adapté. Le règlement intérieur ne pouvant imposer une formalité écrite (CE, 29 juin 1990, n° 87015 ; Cass. soc., 28 mai 2008, n° 07-15.744).
Il est conseillé, dans la mesure du possible, de prévenir également un membre du CSE, qui pourra exercer le droit d’alerte en cas de danger grave et imminent. L’employeur, quant à lui, est défini comme la personne disposant de l’autorité nécessaire pour prendre les mesures permettant de remédier à la situation. Dès qu’il est informé, il doit mettre en œuvre toutes les mesures nécessaires pour sécuriser le poste de travail (C. trav., art. L. 4121-1).
Exercer le droit de retrait

La décision appartient au salarié
Le droit de retrait est un droit individuel : chaque salarié peut décider de se retirer d’une situation qu’il juge dangereuse, que le danger soit individuel ou collectif (C. trav., art. L. 4131-1). Il n’a pas à prouver l’existence effective du danger, il suffit d’un motif raisonnable de penser qu’il existe (Cass. soc., 2 mars 2010, n° 08-45.086).
Le droit de retrait ne confère pas le pouvoir d’arrêter les machines ou d’interrompre le travail des autres. Il doit être exercé de manière à ne pas créer de nouveau danger (C. trav., art. L. 4132-1).
Un simple refus de travailler peut suffire à caractériser l’exercice du droit de retrait, mais il est préférable de notifier clairement sa décision et, si possible, d’informer le CSE (Cass. soc., 2 mars 2010, n° 08-45.086 ; Cass. soc., 28 mai 2008, n° 07-15.744).L’absence de sanction en cas d’exercice légitime
Lorsque le salarié agit avec un motif raisonnable, il est protégé contre toute sanction, retenue sur salaire ou licenciement (C. trav., art. L. 4131-3).
Droit de retrait anticipé : on peut se protéger avant même de revenir au travail
La Cour de cassation a récemment apporté une précision importante : un salarié peut exercer son droit de retrait avant même de reprendre son poste, s’il a un motif raisonnable de penser qu’il sera exposé à un danger grave et imminent à son retour (Cass. soc., 11 juin 2025, n° 23-23.291).
Le 21 décembre 2018, quelques jours avant ses congés du 24 au 31 décembre, un ingénieur commercial décide qu’il ne reprendra pas le travail le 2 janvier 2019. Sa motivation ? Il estime que la société a modifié sans son accord ses conditions de rémunération variable, ce qui, selon lui, crée un danger grave et imminent pour ses conditions de travail.
Licencié pour faute grave début février 2019, il conteste ce licenciement devant les tribunaux. La cour d’appel rejette sa demande, estimant que le danger n’était pas « immédiat » ; La Cour de cassation casse cette décision.

Elle rappelle que le droit de retrait repose sur le motif raisonnable du salarié, et non sur l’existence effective du danger. Il importe donc de vérifier si, au 21 décembre 2018, le salarié avait ou non un motif raisonnable de penser que sa situation le 2 janvier présenterait un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé, indépendamment de la matérialité de ce danger.
Cette décision clarifie un point essentiel pour les salariés : le droit de retrait n’est pas limité au danger immédiat sur le poste, mais peut s’appliquer à un danger prévisible et sérieux à l’occasion du retour au travail. Elle souligne aussi l’importance pour le salarié de pouvoir démontrer la raisonnabilité de son appréciation du risque, afin de rester protégé juridiquement.
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En savoir plusLes obligations de l’employeur
Lorsque le salarié signale un danger grave et imminent, l’employeur doit immédiatement prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger la santé et la sécurité du personnel (C. trav., art. L. 4132-5). Il ne peut pas contraindre le salarié à reprendre le travail tant que la situation n’est pas sécurisée.
Pendant ce temps, le salarié peut être muté temporairement sur un autre poste compatible avec sa qualification.
Exemples concrets
La jurisprudence illustre les situations où le droit de retrait a été reconnu :
Refus de travailler dans des locaux non chauffés ou insalubres (CA Versailles, 12 nov. 1996, n° 95/20571 ; CA Nancy, 16 déc. 2009, n° 08/03185).
Matériel ou installations défectueux ou dangereux (Cass. soc., 1er mars 1995, n° 91-43.406).
Véhicules ou engins de chantier présentant un risque pour la sécurité (CA Paris, 16 janv. 1992, n° 91/34223 ; CA Poitiers, 25 juill. 1996, n° 2100/95).
Situations de harcèlement moral ou sexuel constatées par le médecin du travail (Cass. soc., 31 mai 2017, n° 15-29.225).
À l’inverse, certaines situations n’ont pas été considérées comme justifiant un retrait :
Danger non immédiat ou hypothétique, comme un courant d’air ou la présence d’un animal sans menace réelle (Cass. soc., 5 juill. 2011, n° 10-23.319).
Refus de travailler sur un poste alternatif sécurisé (CA Douai, 31 mars 2009, n° 08-01493).
Situation générale de pandémie, sauf si le danger est directement lié à l’activité du salarié.
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En savoir plus !Conseils pratiques
Pour exercer son droit de retrait en toute sécurité :
Informer rapidement l’employeur et, si possible, le CSE.
Documenter la situation par un écrit.
Évaluer le danger de manière raisonnable.
Rester disponible pour la mise en sécurité ou la réaffectation.
Ne pas créer de nouveau risque pour soi-même ou pour les autres.
Respecter ces étapes permet d’utiliser son droit de retrait tout en restant protégé juridiquement.
Conclusion
Le droit de retrait est un outil essentiel pour protéger la santé et la vie des salariés. Il repose sur la notion de danger grave et imminent, évalué par le salarié lui-même. Son exercice doit être documenté, raisonnable et accompagné d’une alerte à l’employeur. La jurisprudence montre que le droit peut même être anticipé dans certaines circonstances.
Connaître ce droit, savoir comment l’exercer et respecter ses limites permet aux salariés de se protéger efficacement, tout en assurant une responsabilité partagée avec l’employeur pour la sécurité au travail.
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