Directive européenne sur la transparence salariale : à quoi s’attendre concrètement ?

À ce stade, il n’est pas encore possible d’affirmer avec certitude quelles seront les obligations exactes qui incomberont aux entreprises.

En effet, si le projet de loi de transposition a été présenté en Conseil des ministres et déposé au Sénat le 10 septembre 2026 (projet de loi n° 944, procédure accélérée), il n’a pas encore été examiné par le Parlement au 26 octobre 2026 : la référence reste donc le texte de la directive de l’Union européenne (directive (UE) 2023/970 du 10 mai 2023) visant à renforcer l’application du principe de l’égalité des rémunérations entre les femmes et les hommes pour un même travail ou un travail de même valeur, par la transparence des rémunérations et les mécanismes d’application du droit.

Les États membres de l’Union européenne devaient se conformer à la directive au plus tard le 7 juin 2026 ; la France n’a pas transposé le texte dans ce délai.

 

Les développements ci-dessous présentent les principales mesures prévues par la directive, étant précisé que, pour plus de détails, le texte intégral est accessible à l’adresse suivante :
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32023L0970

La mise en place d’un rapport sur l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes

La directive prévoit, comme mesure principale, l’introduction d’une obligation pour les employeurs de produire un rapport sur les données relatives à l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes, y compris sur les composantes variables ou complémentaires de la rémunération.
Ce rapport devra notamment contenir :

  • l’écart de rémunération médian entre les femmes et les hommes ;
  • l’écart de rémunération médian au niveau des composantes variables ou complémentaires de la rémunération ;
  • l’écart de rémunération par catégories de travailleurs.

La liste précise des données à communiquer figure à l’article 9 de la directive.

Concernant la périodicité de ce rapport, la directive précise que :

  • Les entreprises dont les effectifs comptent 250 travailleurs ou plus, fournissent au plus tard le 7 juin 2027 ce rapport. Ensuite, chaque année, un rapport devra être effectué concernant l’année civile précédente. 
  • Les entreprises dont les effectifs comptent entre 150 et 249 travailleurs, fournissent au plus tard le 7 juin 2027 ce rapport. Ensuite, tous les 3 ans, un rapport devra être effectué concernant l’année civile précédente. 
  • Les entreprises dont les effectifs comptent entre 100 et 149 travailleurs, fournissent au plus tard le 7 juin 2031 ce rapport. Ensuite, tous les 3 ans, un rapport devra être effectué concernant l’année civile précédente.

Il est également prévu que le CSE soit consulté sur ce rapport. Les représentants du personnel auront accès aux méthodes utilisées par l’employeur pour établir le rapport.


Enfin, les salariés comme les représentants des salariés ont le droit de demander des éclaircissements et des précisions supplémentaires sur l’ensemble des données communiquées, y compris des explications concernant toute différence de rémunération constatée entre les femmes et les hommes (article 9 de la directive).
 

Besoin d'éclaircissement à ce sujet ?

Faites appel à notre assistance juridique pour toutes vos questions !

En savoir plus

L’évaluation conjointe des rémunérations avec les représentants du personnel

La directive prévoit qu’une évaluation conjointe des rémunérations entre l’employeur et les représentants du personnel devra être réalisée lorsque certaines conditions cumulatives sont réunies (article 10 de la directive).

Ces conditions sont les suivantes :

  • le rapport révèle une différence de niveau de rémunération moyen d’au moins 5 % entre les femmes et les hommes ;

  • l’employeur ne justifie pas cet écart par des critères objectifs et non sexistes ;

  • l’employeur n’a pas remédié à cette différence injustifiée dans un délai de six mois à compter de la communication des données.

Lorsque cette évaluation est mise en œuvre, l’employeur est tenu de corriger, dans un délai raisonnable, les écarts de rémunération injustifiés, en étroite coopération avec les représentants des salariés.

Les mesures mises en œuvre doivent notamment inclure une analyse des systèmes existants d’évaluation et de classification des emplois ou, le cas échéant, la mise en place de tels systèmes.

L’objectif est d’éliminer toute discrimination, directe ou indirecte, en matière de rémunération fondée sur le sexe.

Le renforcement du principe « à travail égal, salaire égal »

Le Code du travail prévoit déjà que « tout employeur assure, pour un même travail ou pour un travail de valeur égale, l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes » (article L. 3221-2).

Dans le même sens, la directive rend obligatoires des structures de rémunération garantissant l’égalité des rémunérations pour un même travail ou un travail de même valeur (article 4 de la directive).

Elle impose également aux employeurs de mettre à disposition des travailleurs, de manière facilement accessible, les critères utilisés pour déterminer :

  • la rémunération ;

  • les niveaux de rémunération ;

  • la progression de la rémunération (article 6 de la directive).

Ces critères doivent être objectifs et non sexistes, afin de garantir l’égalité de rémunération pour un même travail ou un travail de même valeur.

Toutefois, la directive laisse une marge de manœuvre aux États membres : la loi de transposition pourra exempter les employeurs de moins de 50 travailleurs de l’obligation de communiquer les critères relatifs à la progression de la rémunération, sans remettre en cause les autres exigences de transparence.

Le droit individuel à l’information en matière de rémunération

Pour les candidats à l’embauche

L’article 5 de la directive prévoit que les candidats ont le droit de recevoir :

  • des informations sur la rémunération initiale ou la fourchette de rémunération ;

  • des informations sur les dispositions pertinentes de la convention collective applicables au poste.

Ces informations doivent être communiquées de manière à garantir une négociation éclairée et transparente, notamment dans une offre d’emploi ou avant l’entretien.

 

Pour les salariés en poste

Les salariés peuvent demander et recevoir par écrit :

  • une information sur leur niveau de rémunération individuel ;

  • une information sur les niveaux de rémunération moyens, ventilés par sexe, pour les catégories de travailleurs comparables.

L’employeur doit fournir ces informations dans un délai raisonnable, et au maximum dans un délai de deux mois.

Il doit également informer les salariés une fois par an de l’existence de leur droit à recevoir ces informations (article 7 de la directive).

 

Les représentants du personnel 

Ils jouent dans ce cadre un rôle essentiel. En effet, si les informations transmises par l’employeur au salarié sont incomplètes ou inexactes, les salariés peuvent demander des précisions et détails supplémentaires. En tout état de cause, les salariés peuvent passer par l’intermédiaire des représentants du personnel afin d’obtenir ces informations (article 7 de la directive).

Besoin de former votre CSE ?

Contactez-nous pour mettre en place vos projets de formation !

Je me renseigne

La facilitation du recours en justice et la réparation du préjudice

 

La directive prévoit un renversement de la charge de la preuve (article 18 de la directive). Dès lors que le salarié présente des faits laissant présumer une discrimination, il appartient à l’employeur de prouver l’absence de discrimination.

Elle garantit également le droit à une indemnisation ou réparation intégrale du préjudice subi en cas de violation du principe d’égalité des rémunérations.

 

Enfin, la directive consacre pour la première fois la discrimination intersectionnelle (article 16 de la directive), c’est-à-dire une discrimination fondée sur plusieurs critères combinés (par exemple le sexe et le handicap).

Les sanctions prévues par le projet de loi

Le projet de loi n° 944 déposé au Sénat le 10 septembre 2026 prévoit deux sanctions financières, prononcées par l’autorité administrative.

Deux situations sont distinguées :

  • un manquement aux obligations de déclaration des nouveaux indicateurs d’écarts de rémunération (futur article L. 1142-10-1 du Code du travail), passible d’une pénalité plafonnée à 1 % des rémunérations et gains versés, portée à 2 % en cas de récidive dans les cinq ans ;

  • un manquement aux obligations d’information en matière de transparence salariale issues de la directive, passible d’une amende de 450 euros par manquement constaté, plafond doublé en cas de récidive dans les cinq ans.

Au 26 octobre 2026, le texte n’a été ni examiné ni adopté et ne figure pas à l’ordre du jour du Sénat ; selon le ministère du Travail, il ne serait examiné qu’en 2027. Ces sanctions ne sont donc pas applicables et peuvent encore évoluer au cours des débats.

Un projet de loi de transposition, annoncé autour du 29 janvier, est encore attendu. Tant que cette loi et les textes réglementaires d’application n’auront pas été adoptés, les dispositions de la directive ne sont pas directement applicables en droit français.

Les modalités définitives dépendront donc du contenu exact de la loi de transposition et des règlements et décrets à venir.

Recevez toute l'actualité juridique !

Partager

Nos actualités

28 oct. 2026

Le droit d’alerte du CSE en cas d’atteinte aux droits des personnes : conditions, procédure et bonnes pratiques

Harcèlement, discrimination, surveillance excessive : en tant qu'élu du CSE, vous disposez d'un levier trop souvent sous-utilisé face à ces situations, le droit d'alerte de l'article L. 2312-59 du Code du travail. Vous pouvez le déclencher seul, sans délibération préalable du comité, dès qu'une atteinte aux droits des personnes, à la santé mentale ou aux libertés individuelles est constatée. On vous explique les conditions, la procédure et les bonnes pratiques pour l'exercer efficacement.

21 oct. 2026

Don de jours de repos : qui peut en bénéficier et quelles sont les règles à connaître ?

Le don de jours de repos permet à un salarié de céder volontairement une partie de ses jours de repos à un collègue confronté à une situation personnelle difficile ou, dans certains cas, à un organisme d'intérêt général. Depuis sa création en 2014, le dispositif a été progressivement élargi à de nouveaux bénéficiaires. Conditions de mise en œuvre, jours pouvant être donnés, rôle de l'employeur et droits du salarié bénéficiaire : voici les principales règles à connaître.

19 oct. 2026

Formation SSCT et CSSCT : quelles différences ?

SSCT et CSSCT sont deux abréviations que les élus du CSE rencontrent régulièrement. Mais bien que proches, ils ne désignent pas la même chose. Cette similarité peut d’ailleurs amener à se demander s’il faut suivre une formation SSCT ou CSSCT.

 

Dans les faits, ces deux formations ne se remplacent pas l’une l’autre. La formation en santé, sécurité et conditions de travail (SSCT) est la formation obligatoire prévue pour les membres du CSE. Alors que la formation CSSCT vient, elle, la compléter lorsque les élus exercent en plus une mission au sein d’une commission de santé, sécurité et conditions de travail.

 

14 oct. 2026

Congés supplémentaires de fractionnement

1 ou 2 jours ouvrables supplémentaires selon les cas, renonciation individuelle et expresse obligatoire, clause de renonciation anticipée dans le contrat de travail invalide, note de service insuffisante... Les règles encadrant les congés de fractionnement sont bien plus strictes que beaucoup d'employeurs ne le pensent. En tant qu'élu CSE, vérifier que les renonciations recueillies dans votre entreprise sont réellement valables — et alerter quand elles ne le sont pas — fait pleinement partie de votre mission de protection des droits des salariés.

Formations CSE
12 oct. 2026

Renouvellement de mandat : pourquoi refaire la formation SSCT ?

Vous êtes réélu au CSE et connaissez donc déjà le fonctionnement du comité. Alors faut-il suivre à nouveau la formation santé, sécurité et conditions de travail (SSCT) ?

La réponse est oui. En effet, le renouvellement du mandat s'accompagne d'une nouvelle formation SSCT obligatoire, même lorsque l'élu possède plusieurs années d'expérience. Heureusement, cette obligation ne sert pas à simplement répéter les connaissances acquises lors du premier mandat. Elle va permettre de consolider ses compétences, d'actualiser ses pratiques et d'approfondir certains sujets essentiels.

Durée, contenu, financement : nous vous donnons toutes les informations sur la formation SSCT lors d'un renouvellement de mandat.

NOS FORMATIONS VOUS INTÉRESSENT ?

Nous sommes là pour vous aider à développer vos compétences et à atteindre vos objectifs professionnels. N'hésitez pas à nous contacter pour en savoir plus sur nos programmes de formation et découvrir comment nous pouvons vous accompagner.

Contactez-nous !

NOS FORMATIONS À LA UNE

Formation économique CSE

Formation économique CSE

CSE
Inter
Intra

Le stage de 5 jours des élus titulaires du CSE

  • 35 heures
  • A distance / Présentiel
  • Satisfaction 9.47
Formation Secrétaire CSE

Formation Secrétaire CSE

CSE
Inter
Intra

Découvrir le rôle du secrétaire

  • 7 heures
  • A distance / Présentiel
  • Satisfaction 9.70
Formation Trésorier CSE

Formation Trésorier CSE

CSE
Inter
Intra

Bien mener son rôle de Trésorier du CSE

  • 7 heures
  • A distance / Présentiel
  • Satisfaction 9.50
Formation SSCT - 50 salariés - 1er mandat

Formation SSCT - 50 salariés - 1er mandat

SSCT
Inter
Intra

Formation obligatoire SSCT pour les moins de 50 salariés

  • 35 heures
  • A distance / Présentiel
  • Satisfaction 9.70

EN APPRENDRE PLUSsur l'ensemble de nos formations

Comment se déroule une formation CSE avec CELIADE ?
A qui s'adressent nos formations économique ?
Qui finance la formation SSCT ?
Combien de temps dure la formation SSCT ?

Rechercher

Formation économique CSEFormation Secrétaire CSEFormation Trésorier CSEFormation SSCT + 50 salariés - 1er mandatFormation SSCT - 50 salariés - 1er mandatL'élaboration du règlement intérieur du CSE